« Un Village pas si gai »

Ce que vous lisez en ce moment fait partie d’une série que je désire vous partager. Soyable vous propose une visite guidée de notre Montréal actuel. Ses quartiers remplis d’histoires et de caractéristiques qui méritent d’être soulignés afin de mieux comprendre où l’on s’en va, mais aussi, pouvoir se positionner face aux grands projets de la métropole, qu’on les aime ou non.

Comme certains ont pu le constater, le visage de Montréal est en plein changement depuis plusieurs années. Nous n’avons qu’à penser au Quartier des Spectacles, celui de Griffintown, ainsi que les multiples tours condominiums qui densifient le cœur urbain (Louis Bohème, Southams, Unity, Loft des arts…). Ce vent de fraîcheur n’apporte pas que des points positifs à la société. Par exemple, cet embourgeoisement qui commença dans la revitalisation du Vieux-Montréal a pris du terrain, s’étend et repousse les classes sociales moins aisées vers le périmètre de l’île. Or, je me demande à qui appartient la ville, aux promoteurs, aux gens qui viennent que travailler sur l’île ou aux citoyens ?

Village gai / Définition physique

Dans ce premier article, je vous fais part du Village gai, situé aux abords du Centre-ville de Montréal. J’y habite depuis bientôt cinq ans et je constate que le Village n’est plus ce qu’il était. Mais tout d’abord, regardons d’où est parti ce quartier culturel, c’est-à-dire l’histoire du lieu.

Tout d’abord, on ne peut être certain des limites géographiques du quartier, preuve que son identité n’est pas une question de politique d’arrondissement. En fait, le Village se définit par rapport à une épine dorsale : la rue Sainte-Catherine. Par son côté diversifié, culturel et commercial, cette rue a toujours été le laboratoire d’essai des nouveaux besoins de la ville. Prenez l’exemple de la portion commerciale située entre le métro McGill et Peel, la Place des Arts et le campus de l’UQÀM. Or, comment le Village peut-il se positionner face à ses acolytes ?

Chose certaine, il est clair que le Village gai s’arrête sur un point précis de la rue Sainte-Catherine et ce, dû à un élément urbain de la ville : le pont Jacques-Cartier. Jouant un rôle de liaison entre villes, le pont vient cependant scinder l’arrondissement Ville-Marie, séparant ainsi l’est de la ville du Village. Il est porté à croire que le Village est donc coincé entre le pont et le Centre-Ville.

À qui appartient le Village ?

Issu d’un quartier ouvrier, le tracé urbain du secteur prend vit en même temps que l’époque industrielle de Montréal, au début du 20e siècle. Elle accueille non seulement diverses usines (Molson, Usine à confiserie Raymond connue sous l’Usine C, mais aussi une population d’ouvriers. Ce visage marquera tellement le quartier qu’on le surnommera « l’ombre du centre-ville ». Les gens vont renier ce secteur en raison de la pollution, de sa densité, mais aussi à cause de son côté pauvre.

Les choses empireront suite au Krach boursier de 1920, où l’industrie connaît des difficultés et tend à partir vers d’autres quartiers clés, tel que Ville Saint-Laurent. Or, c’est le début la débauche sociale dans ce quartier. En effet, étant voisin du boulevard Saint-Laurent, le Red light s’étend jusqu’au Village pour enfin offrir des lieux de divertissements. On voit ainsi apparaître le premier cinéma de Montréal, le Ouimetoscope. Malgré l’économie précaire, les gens commencent à donner une nouvelle avenue à leur quartier, celui de la culture et des services de quartiers.

C’est durant l’arrivée du maire Jean Drapeau que les choses tendent à changer. L’effet des Jeux Olympiques de 1976 se résume à une campagne d’assainissement de la ville. Or, on voit apparaître de grandes artères de circulations tels que René-Lévesque et l’autoroute Ville-Marie. De plus, le centre-ville va connaître plusieurs descentes dans les bars et clubs à caractère gai, entre autres. Ajouter à cela une hausse des loyers au centre-ville, celle-ci trouvera son nouveau nid dans l’actuel quartier que l’on connaît. Le village, durant les années 80, était la terre d’accueil d’excellence des « groupes marginaux » : les loyers étaient bas et personne n’enviait ce secteur.

Puis, c’est vers les années 90 que tout ce concrétise pour le Village. Son nom est reconnu par la ville de Montréal, on rénove la station Beaudry aux couleurs du Drapeau et de nombreux festivals s’imprègnent du  mouvement gai ( le défilé de la fierté gaie, Diverscité…). Bref, le village gai est à son apogée avec tous ses clubs branchés et cette volonté d’affirmation sexuelle.

Actuellement, le quartier connaît une redéfinition, mais laquelle ? Alors que nombreux commerces n’arrêtent d’ouvrir et de fermer quelques mois après, je me demande si la formule gagnante des années passées est toujours bonne. Alors qu’un esprit de vie de quartier revient avec force, je remarque que le Village ne sait plus sur quel pied danser. L’homosexualité étant un fait banal et démocratisé, beaucoup de gens se demandent la raison d’être du Village.

Je crois que celui-ci est là pour rester, mais il doit effectivement changer son tir. Reconnu pour son nightlife, les besoins pour une meilleure vie de quartier sont urgents. Au niveau urbain, il faut reconnaître le potentiel de ce secteur, voisin immédiat du centre-ville, pour sa densité résidentielle, sa proximité à des transports en commun, etc. Mais ne le cachons pas, le Village reste encore un lieu où erre le junky, le raveur, l’itinérant et le prostitué.

Est-ce viable ? Je ne suis pas de ceux qui croient que l’on doit pousser ces maux urbains le plus loin possible, je crois que la cohabitation peut se faire. Prenez l’exemple de Vancouver, où un quartier a érigé des habitations de luxe et à côté, des habitations à loyers modiques. Et ça marche ! On ne demande pas de créer des minis ghetto comme ce qu’est les habitations Jeanne Mance, mais de faire une mixité dans le quartier. Il est utopique de croire que la pauvreté partira un jour, nous vivons dans un système capitaliste, tel est son but. Mais, il est possible d’accepter ces différences sociales et de permettre à tout le monde de profiter de la ville et d’y habiter.

Sources:

Archives gaies du Québec
http://www.agq.qc.ca/

Société des Commerces du Village
http://www.unmondeunvillage.com/

Ville de Montréal
http://ville.montreal.qc.ca

Aires Libres
http://www.aireslibres.com/

Queer Montreal
http://www.queermontreal.info/

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